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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 21:10

En lisant l’article « La Vocation Géographique de Bizerte », une amie Bizertine –Mouna Kbaier- nous apporte de quoi enrichir notre documentation et ainsi approfondir nos connaissances quant à la Vocation Exceptionnelle de Bizerte.

 

medium_carte_bizerte.jpg

 


Extrait du « Pouvoir urbain et paysannerie en Tunisie » de Hafedh Sethom


« CHAPITRE I : L’emprise foncière des citadins sur les campagnes

 

1) Types simples d’emprise foncière des citadins :

 

Nous étudierons dans ces types simples les cas d’emprise très réduite, ou en perte de vitesse très rapide, et nous terminerons par un cas de main mise presque totale et stable depuis très longtemps.

 

L’emprise foncière très réduites des bizertins sur leur arrière-pays.

 

Bien qu’il n’existe aucune étude détaillée sur ce sujet, tous les documents disponibles montrent que les bizertins n’exercent aucune emprise notable sur leur campagne. Au XIX siècle, la riche région agricole de Mateur était dominée par les tunisois et non par les bizertins. Les terres des villages situés à l’est de Bizerte, appelés parfois « Sahel de Bizerte », échappaient complètement à l’emprise des bizertins et appartenaient presque exclusivement aux villageois. Les terres agricoles de la zone péri-urbaine bizertine étaient certes possédées par les habitants de la ville, mais n’ont jamais été très prospères. Ainsi la région de Bizerte était en grande partie dominée par les tunisois et regardait vers le marché de consommation de la capitale. L’installation du protectorat français en Tunisie n’a pas modifié cet état des choses, bien au contraire. La main mise des colons sur une partie des propriétés tunisoises du Mateurois n’a pas eu d’effet direct sur les bizertins. Mais l’installation d’un port militaire à Bizerte et d’un arsenal à Ferryville a bloqué complètement la situation : elle a coupé Bizerte de son arrière-pays, et orienté l’activité des populations vers des travaux en rapport direct ou indirect avec l’arsenal, l’armée et la marine française. Désormais, la population de Bizerte est au service du rôle stratégique et militaire de son port, et tourne le dos à son arrière-pays rural. Bizerte n’a aucun rayonnement sur sa région, en dehors de son rôle administratif ; il est en effet le siège d’un caïdat et d’un contrôle civil. Ces conditions particulières n’ont évidemment pas permis le développement d’une bourgeoisie bizertine, si l’on excepte les petits commerçants et les fonctionnaires.

 

21-02-08.jpgC’est pourquoi la liquidation des habous des tunisois dans le Mateurois et la vente de quelques fermes coloniales après l’indépendance, n’ont guère intéressé les bizertins. Ces derniers n’ont pas profité de l’occasion qui leur est donnée : ils n’avaient ni les moyens financiers d’acheter ces vastes exploitations, ni l’expérience agricole pour les gérer et les mettre en valeur. La campagne du gouvernorat de Bizerte resta tournée vers Tunis et sous l’emprise des Tunisois. La liquidation des habous et la vente de certaines terres coloniales profitèrent surtout à de riches tunisois.

 

Bizerte continue donc de tourner le dos à sa campagne, et n’exerce aucune tutelle sur sa campagne. Même la commercialisation des produits agricoles est entre les mains de commerçants tunisois, et est orientée en grande partie vers le marché de gros de Tunis. »

L’auteur n’a fait que décrire la situation et a rapporté l’état des faits, mais pour aller très loin et comprendre le pourquoi des choses (l’occupation française n’est pas la seule incriminée dans ce repli d’une ville comme Bizerte) il faut remonter beaucoup plus loin dans le temps (Bizerte a toujours regardé vers la mer : pêche et surtout course et piraterie étaient les activités principales d’une population qui n’a pas su diversifier ses sources pour mieux se développer). L’histoire n’a pas était tendre avec

ce petit coin de paradis convoité et malmené depuis Agathocle jusqu’au Bourguibisme.

 

PS : Dans le cadre de l’union pour la méditerranée UPM, un plan d’action est approuvé depuis 2008 dont le plus important des six volets est celui des « autoroutes de la mer ». Le transport étant considéré comme un puissant facteur d’intégration économique. Malheureusement les projets pilotes menés dans ce cadre comme le Méda-Mos ont sélectionné 4 ports : en Tunisie, au Maroc, en Algérie et en Israël, pour la Tunisie le port retenu est celui de Radés. Le port de Bizerte pourtant proposé au début ( appuyé par des français bien évidemment) a été écarté pour des raisons un peu ambigües, mais certainement à cause de la Marina. La volonté politique voit en Bizerte un avenir touristique et pas économique et commerçant.

 

Pouvoir urbain et paysannerie en Tunisie

 

 HAFEDH SETHOM, février 1992, PUBLICATION DE CERES,

 

Nos remerciements les plus chaleureux à Mouna Kbaier pour sa contribution à l'enrechissement de ce blog.  

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commentaires

Haïfa 17/05/2010 21:55


J'aime toujours autant lire ces articles sur Bizerte !


M ABIDI 18/05/2010 22:13



merci Haïfa l'histoire de Bizerte continue